Embassy of Foreign Artists     

Tidiani N’Diaye

*1988 à Mopti (Mali), vit et travaille en France et au Mali.
Période de résidence : octobre à décembre 2019
Chorégraphe

Bourse de la République et du canton de Genève

Après 4 ans de formation dans le centre de danse Donko Seko dirrigé par Kettly Noël à Bamako, Tidiani obtient en 2009, le premier prix du Bal des Donkelaw organisée par l’Institut français de Bamako et Donko Seko avec sa première pièce Etre différent. Il entre au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers sous la direction d’Emmanuelle Huynh en 2011, et obtient le diplôme national supérieur de danseur professionnel et une licence en « art du spectacle » de l’Université Paris VIII en 2013. En septembre 2013, il entre au Centre National Chorégraphique de Montpellier au sein du master ex.e.r.ce sous la direction de Mathilde Monnier dont il sort diplômé en 2015. Depuis 2010, il mène des projets entre danse et art numérique et performance. Il crée notamment la structure Copier Coller avec la cie Gilles  Jobin , un centre de danse, de ressources multimédia et de création artistique pluridisciplinaire, opérant entre le Mali et la France. Tidiani est interprète avec Gilles Jobin (Suisse), Karolin Stachele (Allemagne), Qudus Onikeku (Nigeria), Roméo Castellucci et Cindy Van d’Acker, Serge Aimé Coulibaly. En 2013, il remporte le 3ème Prix du concours TSF à Voiron, en 2015, le 2ème prix d’Arcadanse à Seynod, et en 2016, le prix spécial du Jury Symply The Best organisé par Serge Aimé Coulibaly (Ankata). Il est également lauréat de Création en Cours des Ateliers Médicis en 2018 et directeur artistique du Festival international pluridisciplinaire Bam à Bamako en partenariat avec la fondation Passerelle.

Statement

« Depuis 2009 je développe un travail de recherche chorégraphique hybride. Cherchant autour du corps et de sa représentation, de son image. De son rapport aux objets qui l’entourent et aux type de gestes que cela produit. Je le cherche comme matière, comme texture aussi. Ma compagnie de danse Copier Coller à été créé à Bamako en 2011, puis en 2013 pour son antenne française. Elle m’a permis de réaliser trois créations chorégraphiques : Moi, Ma Chambre et Ma Rue en 2016, Naturel Mystique en 2015, et Bazin 2017. »

Projet

A l’origine une réflexion sur mon travail, toujours la même, formulée de milles et une manière, la recherche systématique de la « tradition africaine », de la « danse noire », de la revendication de mon « africanité ».

Jusqu’à présent dans mon travail, j’avais toujours préféré et distingué le poétique du politique, pensant peut être naïvement que cela me protègerait de certains débats.

M’est alors revenu en mémoire La Caverne de Platon. Une des leçons du mythe est que s’émanciper n’est pas chose facile. L’homme, prisonnier enchainé, ne distingue que des ombres sur la paroi de la caverne, prenant pour acquis que le monde est cette image projetée. Les phénomènes sont des apparences et partant on n’y voit qu’une simple surface.

La surface est évidente, c’est le wax. L’image même du « tissu africain », l’illusion de la tradition, le signe matériel de la question de l’authenticité culturelle et identitaire. Le wax a été produit au 19 ème siècle par les colons hollandais, s’inspirant du Batik javanais teint à l’aide de cire, dans le but de créer un produit spécifique pour la consommation « africaine ». Les motifs ornant les tissus ont été créés par les européens pour « faire africain ».

Le wax c’est l’expression complexe de la dépendance et de la domination coloniale, de sa violence sourde et durable. Mais le wax c’est aussi une revendication, car aujourd’hui le monde a intégré l’idée que ces tissus sont « africains ». Yinka Shonibare [artiste nigérian, ayant créé des installations à partir du wax] exprime cette idée de la dualité intrinsèque à ce tissu : « les Africains ont adopté ces toiles de coton, en pensant que le fait de les porter leur permettrait de se distinguer des européens et de l’influence de leur culture, et de célébrer ainsi une identité africaine. ». Le wax, c’est la surface, c’est l’illusion de l’image projetée, le « sensible » selon Platon.

 

Portrait de Tidiani N’Diaye par Elise Fitte-Duval

Année de résidence :